...comme une jeu composé; autour de la spécificité photographique: le plan, la matière, le temps; jeu composé autour des différents modes d'expression artistique.
Découpée puis mise en relief sur différents niveaux, la photographie, uniforme dans le plan devient une illusion dans l'espace.
Seul le visible, le palpable, peut être appréhendé par l'objectif, et pourtant, la photographie se veut la plus abstraite possible, par l'élimination des contextes, épuration des lignes, isolement des couleurs et soulignement des formes. Ce n'est que sa mise en relief qui fait révéler sa vrai nature à la matière.
Une prise de vue, un centième de seconde pour immortaliser un éat, un événement, une vision. Le tableau veut redonner à l'image l'illusion d'une histoire; les failles continuent de se creuser, les vieux objets de se décomposer, les matières de s'altérer... l'oeuvre semble continuer sa vie et reprendre sa place dans le temps.
La photographie est vérité, objectivité. L'image montre ce qui doit être vu, cru, appris, transmis et intégré. Oubliant l'oeil et le photographe, le spectateur inondé de médiatisation ne voit que l'objet pris.
La matière réele, intervenant avec la matièe photographiée se veut interrogatrice :
Où est le vrai, la vérité n'est-elle pas qu'une simple interprétation, le faux n'est-il pas aussi vrai?
Dénoncer les manipulations possibles, débusquer les manipulateurs, provoquer l'esprit critique, condamner l'image-témoin pour créer l'image-expression, l'image-création, l'image-artistique.
Ces matières en décomposition, rouille, lichen, moisissures, cassures, brûures... qui représentent tout ce qu'il y a d'inesthétique dans nos valeurs culturelles, tout ce qui n'est plus consommable, redeviennent harmonieuses par le jeu des formes, des couleurs et de la composition; simple pied de nez de ces rebuts au classicisme.
Didier Bonnot